Un peu de prospective, que Diable !

6 juillet 2008 0 Par jeff1er

dimanche 6 juillet 2008 A Euromed, nous avons enfin présenté notre travail de groupe au jury vendredi dernier !
Il s’agissait de créer un business plan pour une entreprise fictive, Mediweb, qui était censé créer des applications web pour l’industrie de la santé. Ce travail était noté.
 
En attendant le retour de nos notes, je passerai sur ma prestation personnelle, lors de cette présentation, que j’ai plutôt trouvé lamentable au sein d’un groupe qui —ma foi— s’en est plutôt bien sorti !
 
J’en profite pour remercier mes collègues —s’ils lisaient par hasard ces lignes— qui ont largement contribué à une document de qualité, même si notre présentation était perfectible !
Cela dit, nos différents cours d’économie, de stratégie et autres m’ont largement aider prendre conscience d’un certain nombre de choses. Si j’ai pu, dans ces pages, décrire des faits sur la marche du monde, et mon sentiment là dessus, il en allait bien souvent d’intuitions, mêlée d’idées confuses.
 
Capitalisme et Cannibalisme

J’ai pu par exemple évoquer l’évolution de notre modèle économique, où les banques, à mon avis, ne jouaient plus leur rôle de moteur du développement économique. Lors de notre dernier cours de mondialisation (que je n’ai pu suivre, à mon grand regret, jusqu’au bout), nous avons eu la chance d’analyser un article de Jen-Hervé Lorenzi paru sur le Nouvel Obs du 12 juin 08.
 
Le capitalisme de grand-papa…
Cet article décrivait l’évolution du capitalisme depuis la fin du bloc de l’Est. Il met en lumière la présence de plusieurs types de capitalismes. En effet, contrairement au marxisme, au socialisme ou encore au communisme, le capitalisme, en en particulier l’un de ses avatars —le libéralisme— n’est pas issu d’une pensée abstraite, mais bel et bien issu d’un développement naturel de l’économie humaine.
C’est d’ailleurs pour cela que n’ y adhère pas vraiment; l’humanité cherche depuis plusieurs millénaires à se soustraire de ses bas instincts de prédation au travers de courants de pensée, et à mon sens, prôner la prédominance de ses instincts économiques ne va pas dans le sens de l’histoire…
Mais ce n’est que mon avis, et l’avis d’un misérable vermisseau ne vaut que ce qu’il vaut 🙂 Mais rares sont les gens qui suivent ce courant de pensée, et par conséquent il est normal qu’un tel «courant» économique soit au cœur de l’évolution de la société.
Pour faire court, nous sommes passés d’un modèle —qui a survécu jusqu’aux années 80— où le levier de croissance des entreprises résidait dans les banques qui leur donnaient les moyens de leur développement. Parfois, ce modèle poussé à son paroxysme (Allemagne, Japon ou Corée) allait jusqu’à mettre les banques au centre de structures économiques, qu’on a pu parfois appeler «pools» et qui détenaient des conglomérats d’industries produisant de la finance, des voitures, des semi-conducteurs et des machines à laver.
 
L’âge des Golden boys
Après la chute du mur, les entreprises sont passées d’un modèle d’exportation à un modèle de globalisation.
En autre termes, elles ne se contentaient plus de produire localement pour exporter vers des pays tiers, mais sont allées s’implanter directement dans ces pays. C’est là que nous avons pu assister aux premières délocalisations; les biens devant être produits dans les pays où ils étaient vendus, il n’y avait plus de raison de conserver les moyens de production désormais inutiles. Le nouveau modèle économique a, alors, nécessité d’autres types de ressources, car les besoins pour reconstruire un tout nouveau schéma étaient autrement plus importants qu’un simple modèle de développement: il s’agissait d’une nouvelle révolution économique !
Les entreprises sont alors allées chercher leurs financement non plus auprès des banques, mais auprès de fonds d’investissement, de capitaux risques et autres fonds de pension. Du coup, tels des moutons, les banques sont elles-mêmes tombées dans ce modèle, et sont passées sous la gouvernance de ce type d’investisseurs. M. Lorenzi appelle ce modèle de capitalisme le capitalisme Anglo-Saxon, qui place l’actionnaire au cœur des préoccupations, au détriment des moyens de production.
 
En ce moment ?
Aujourd’hui, nous sommes en train de vivre un nouveau cycle; le modèle anglo-saxon a généré des fortunes immenses, notamment dans les pays émergents, où la première phase de la globalisation — qu’il s’est bien souvent limitée à la vue courte de controleurs de gestion qui souhaitaient abaisser les coûts de main d’œuvre — a créé de véritables nouveaux rois: Mittal, Gaprom, certains nouveaux milliardaire chinois… L’ironie, c’est que ce sont ces nouveaux riches qui rachètent les industries qui avaient fait ces choix de court terme ! Moralité, s’adapter, c’est bien, mais anticiper, c’est mieux 🙂
Et demain ?
Nul n’est prophète, dans son pays ou ailleurs ! Cependant, quand on connaît les ingrédients, on sait d’avance quel goût n’aura pas son gâteau… Si l’on s’en tient aux ingrédients de l’économie, qu’avons nous ?
– Des individus
La population, si son nombre explose, n’a jamais été aussi éduquée. L’avènement des technologies de l’information n’y est pas pour rien. Je me souviens encore de mon frère, Roger, me racontant qu’il était en train de photographier un paysan marocain sur son âne qui transportait des fagots de bois… quand soudain une sonnerie retentit, et le paysan décroche son mobile 🙂 Les populations, également —ou peut être est-ce un effet des médias qui détiennent le pouvoir aujourd’hui— sont sensibilisés de plus en plus aux problèmes d’environnement. L’industrie du clinquant et du superficiel a certainement vécu ! Preuve en est la recherche éperdue de spiritualité, le communautarisme qui s’envole —alors que les prévisionnistes voyaient une village planétaire —, et finalement la résultante: un retour en arrière de plusieurs décennies (siècles ?) car certains opportunistes n’hésitent pas à exploiter ces tendances, politiquement ou religieusement (c’est souvent pareil…)
– Des états
Le communautarisme dont je parlais conduit à l’accession au pouvoir de tendances lourdes ( islamistes, néo-conservateurs en occident…) qui me laissent inquiet. Economiquement, les états, souvent en retard d’une guerre, s’acharnent encore à promouvoir le modèle capitaliste anglo-saxon, au travers d’outils émoussés tels que l’OMC, le G8, le FMI, etc. Pendant ce temps, la troisième composante —les entreprises— a choisi un autre modèle. Les groupes se concentrent de plus en plus, on cherche des alliances stratégiques pour sauver son gagne-pain. La richesse, qui avait déjà fuit les classes «laborieuses» depuis les années 90, continue a se concentrer sur un petit nombre.
– Des entreprises
C’est certainement ici qu’il y aurait le plus à dire. Les entreprises se sont laissées piéger par le modèle anglo-saxon, et en paient aujourd’hui le prix. Leurs actionnaires, exempts de toute morale, ne recherchant qu’à maximiser leur investissement à court terme, exigent des conseils d’administration des mesure de réduction des coûts drastiques. Résultat, la recherche et le développement en paient à leur tour les pots cassés; le coût salarial leur devient insupportable et les controleurs de gestion, au détriment de toute stratégie globale de leur entreprise, règlent le problème à coup de délocalisation.
Une étude d’IBM récemment parue sur leur site, dans laquelle on interrogeait 1150 CEO de par le monde, mettait en avant l’avènement de certaines valeurs dans l’entreprise de demain telle que la responsabilité sociale, le développement durable, etc.;
Si je crains que cela ne soit qu’un vœux pieux, ce démontre tout de même que le déficit de morale n’a pas complètement gangrené les chefs d’entreprise, ce qui est plutôt rassurant; reste que le modèle anglo-saxon les lient pieds et poings à des structures de développement amorales et autistes. Comment peut-on envisager que les entreprises puissent se sortir de ce piège ? Forcement en construisant un modèle économique alternatif. La raréfaction des ingrédients traditionnels de l’économie que sont les matières premières et les sources d’énergie fossile vont forcement, qu’on le veuille ou non, déboucher sur un modèle où l’expansion ne sera plus tournée vers l’extérieur, mais vers l’intérieur. A l’image du salariat français, dont on vante la productivité record, ce n’est plus vers la quantité que nous dirigeront, mais certainement vers la qualité.
La matière dont sera fait l’or de demain ne sera plus noire mais grise.
Sans aller jusqu’à l’extrémisme des «Négawatt», le sens de leur réflexion va dans le vrai. Les grandes pièces du puzzle on été façonnées jusqu’ici, et maintenant, il va falloir les assembler, sans laisser sur le bord de la route des populations entières. Le modèle de solidarité de la société socio-libérale dans lequel vit l’occident ne pourra se perpétuer qu’à la condition que nous prenions en compte tous ces ingrédients. Nous ne pouvons plus poursuivre notre fuite en avant vers une consommation tous les jours plus grande; nous devons à présent réfléchir; seuls ce qui auront pris en compte ces composantes s’en sortiront !