La taxe carbone doit-elle être carbonisée ?

6 septembre 2009 0 Par jeff1er

Certains la perçoivent comme un nouvel impôt, d’autres prennent le prétexte du succès électoral des verts pour renflouer grâce à celle-ci leurs caisses, mais au final, j’ai un sentiment de non abouti dans le débat sur la taxe carbone.
Peut-être parce qu’on a mis, ici encore, la charrue avant les bœufs ; on nous présente une solution avant de débattre du problème. Pourquoi cette taxe ?
À l’origine de « global warming »
Les écologistes défendent l’idée qu’une fiscalité écologique permettrait de préparer les gens à l’idée qu’il faille changer notre société de consommation, notamment au travers de sa débauche énergétique. À mots couverts, nous parlons ici de décroissance.
Partons du constat communément admis : la croissance de l’activité humaine ces 50 dernières années a conduit à exploiter jusqu’au trognon cette pauvre planète. OK !
Cette surexploitation nous a menés à une pénurie des énergies fossiles, d’une part, et des ressources en matière première, d’autre part. OK aussi.
Dernière conséquence de cette suractivité humaine : des émissions de CO2 modifient trop rapidement le climat et nous conduisent à un réchauffement global, qui aura lui-même un impact sur la stabilité météorologique. Tout à fait d’accord. Bon, peut-être qu’avant d’écoper, il serait aussi urgent de boucher le trou au fond du navire ? Je reprends donc mon raisonnement à l’envers : — Le réchauffement global est lié à une trop forte émission de CO2. — Cette émission de CO2 est la conséquence d’une augmentation de l’activité humaine. Regardons un peu la courbe de température de notre malade :
Instrumental_Temperature_Record-2009-09-6-00-24.png         
Source : Wikipedia http://en.wikipedia.org/wiki/Global_warming
Que constatons-nous ? L’augmentation de la température a explosé à partir des années 80.
Quel est l’événement majeur survenu dans ces années-là ? La chute du mur de Berlin (selon moi…).
En effet, les conséquences directes de l’effondrement du bloc soviétique ont été la fin des barrières douanières, le libre échange débridé, et les délocalisations qui lui ont succédé. La compétition entre les entreprises a pris un virage majeur et le moteur économique s’est emballé : L’activité humaine, qui avait pour finalité initiale de pourvoir aux besoins de l’humanité, a changé radicalement d’objectif.
Sa seule finalité à présent est de pourvoir aux appétits démesurés d’une petite minorité. Je ne mettrais pas ici le doigt sur tel ou tel trader ou actionnaire, ni même sur un dirigeant qui n’a plus le sens réel de l’argent.
Je dirais plutôt que les équilibres politiques, jusqu’alors contrebalancés par la peur, ont laissé place à un chaos où ne règne que la cupidité.
Mais les pouvoirs, souvent corrompus, n’ont pas su anticiper ce déséquilibre par la régulation ; bien au contraire : le libéralisme ne s’est jamais aussi bien porté !
Si l’on devait mettre en équation les plus-values économiques, la pollution engendrée par l’activité qui est nécessaire à leur réalisation, et le déséquilibre dans sa répartition, cela ferait l’objet d’une thèse, et pas d’un billet dans ce modeste blog.
Le pédégé d’une société cotée au CAC40 gagne environ deux fois plus en un jour ce qu’un salarié qui travaille dans ses usines gagne en un mois. Il est donc permis d’imaginer qu’une meilleure redistribution de cette valeur ajoutée freinerait les ardeurs des actionnaires à accroître cette fameuse activité nécessaire à la création de sa richesse. Quant à la compétition, n’est-il pas du rôle de l’État de gérer les appétits ?
Quelle autre solution a-t-on ?
L’instauration d’une taxe incitative à une consommation d’énergie plus responsable repose sur l’idée, en théorie, qu’il existe des solutions alternatives. Si je taxe le charbon, c’est que je souhaite que tu achètes de l’électricité.
L’être humain n’est pas stupide et sait où va son intérêt ; s’il a des solutions plus intelligentes, il les adoptera. En revanche, si je mets une taxe sans autre échappatoire qu’en est-il ? D’abord, je vais pénaliser ceux qui ne peuvent pas faire autrement. Les ruraux qui doivent prendre leur bagnole tous les matins, les gens qui n’ont pas les moyens d’installer des puits canadiens dans leur HLM. Les personnes les plus aisées ne changeront pas pour autant leurs habitudes.
Mais cela n’amène pas de solution pour autant. On ne voit pas de politique visionnaire accompagner la reconversion des moteurs à explosion vers de l’électrique ou de l’hybride. On ne voit pas de budgets réalloués à la recherche dans ce domaine, ni à la recherche économique pour réfléchir à modèle autre que celui basé sur le pétrole et ses avatars automobiles. Tout ceci, je l’appellerai le bœuf. Quant à la charrue, c’est la taxe.
Une fois qu’un nouveau modèle économique plus sain, mieux régulé et plus juste sera mis en place, une fois qu’une recherche orientée vers le progrès humain et non vers le profit égoïste d’une élite aura développé de vraies solutions alternatives, la taxe aura toute sa légitimité.
Pour l’instant, elle n’est qu’illégitime. Car sinon, faire payer une taxe pour nous accoutumer à un prix qui sera, un jour, trop élevé, sans même approfondir l’utilisation du produit de cette taxe ? Cela ne vous paraît-il pas curieux ? J’ai l’impression que nous marchons un peu sur la tête !