Les biais cognitifs.

28 décembre 2016 0 Par jeff1er

28 décembre 2016 12 h 34

Selon la théorie du choix rationnel, tout individu, au moment du choix, est censé prendre en compte tous les éléments préalablement soupesés et analysés avant de prendre une décision, quelle qu’elle soit.
C’est sans compter notre cerveau reptilien, qui depuis la nuit des temps, est entrainé à prendre des décisions rapides pour échapper au danger.
Une émission sur la chaine Planète, présentée par Morgan Freeman, montrait une expérience édifiante : on mettait des individus en situation de danger en les plaçant devant un écran géant où apparaissaient soudainement des personnages, tour à tout noirs ou blancs, et tour à tour brandissant une arme ou un téléphone portable ;
Si le personnage surgissant brandissait une arme, le cobaye devait tirer pour se défendre. Le résultat était que la majorité des cobayes, peu importe leurs origines ethniques, tiraient plus facilement si le personnage était noir.
La moralité de cette expérience, c’est que le cerveau humain fabrique des raccourcis, ou encore préjugés, pour réagir rapidement face à un danger.

Si l’on applique cette théorie à la vie quotidienne, on peut facilement en déduire que les gens fabriquent des préjugés pour raccourcir leur temps de réaction et éviter un danger. Ensuite, malheureusement, toute prise de décision passerait immanquablement au filtre de ces raccourcis et appliquerait un « algorithme » de pensée pour juger rapidement et prendre la décision en adéquation avec ces préjugés.
Il en est ainsi du racisme (arabe = terroriste, noir = fainéant, allemand = sans imagination, etc.)

Je n’échappe pas à cette règle, évidemment, ayant toujours tendance à proférer des jugements hâtifs dans la vie de tous les jours (grenoblois = crétin des Alpes, nordiste = barbare…).

Question : Mais comment échapper à cette tyrannie des préjugés ?

Mais n’y a-t-il que les jugements qui sont distordus par le filtre de nos raccourcis de pensée.
Prenons l’imagination. Essentiellement basé sur la construction d’images fictives, tout fruit de notre imagination part de faits concrets et biens réels ; ainsi, imaginer une solution à un problème démarre, une fois le problème posé, par un assemblage de concepts issus de notre mémoire et associé au problème par le biais — encore une fois — de nos expériences cognitives. Et ces expériences, justement, sont elles-mêmes catégorisées dans notre esprit par des « métadonnées » étiquetant ces concepts.
Par exemple, prenons un bricoleur face à une fuite d’eau. Il va d’abord évaluer les dégâts et immédiatement va rechercher dans sa mémoire les actions visant à contenir cette fuite. Imaginons alors qu’il ait vu réparer une fuite à l’aide d’un marteau. Un esprit raisonnable comprendra que cela n’a pas de sens, mais les courts-circuits cognitifs vont immédiatement mettre en œuvre cette solution, car le sujet sait que la solution a pu marcher une fois, probablement plus par chance que par expérience.
La théorie du biais rétrospectif appliqué à l’expertise explique clairement que l’esprit n’analysera plus rationnellement une solution dans la mesure où celle-ci a pu marcher.
Il en va de même avec l’un des problèmes majeurs de ce début de siècle : la prééminence des élites.
Ces mêmes élites qui vont structurer la société à la lumière de leur expertise sans prendre le temps de réviser les solutions qu’elles appliquent, dans la mesure où ces solutions fonctionnent dans un modèle théorique. Ainsi, en économie, on associe le coût du travail à la compétitivité économique. Raccourci : baissons les charges des entreprises pour relancer l’économie. Même si les faits sont têtus et nous montrent que chaque centime exonéré aux entreprises atterrit presque à coup sûr dans la poche des investisseurs et des hauts dirigeants. Que nenni : les experts économiques ont parlé, les médias ont relayé leur pensée, qu’il en soit ainsi.
Dans l’entreprise, on assiste aux mêmes biais : la flexibilité du modèle économique qui permettra le succès de l’entreprise passe par la flexibilité de ses employés. Le modèle émergeant : l’upérisation. On imagine que le salarié est vautré dans son confort intellectuel à appliquer les ordres, et en le mettant sur la brèche en le faisant contribuer à la prise de risque, cela sera le début de son épanouissement. Modèle tentant.
C’est vite nier la nature humaine : la prise de risque n’est foncièrement dans tous les modèles entrepennariaux qu’à la condition qu’une récompense, pécuniaire le plus souvent, n’en soit l’issue.
Sinon, pourquoi diantre sortir du confort intellectuel d’appliquer les ordres ?

Donc ici encore, ce sont les raccourcis intellectuels qui nous amènent à un modèle chancelant.

Je parlais à l’instant du lien entre racisme et raccourci de la pensée, basé sur un réflexe de défense de notre cerveau reptilien.

La chaîne du management, en entreprise, a pour l’un de ses rôles majeurs à ce que ses subordonnés appliquent les directives sans les remettre en cause.
Or la remise en cause systématique est la base de l’évolution humaine. Donc, un système sclérosé par un management trop directif sera le début de la déchéance de son entreprise.