G20 ans de retard…

8 avril 2009 0 Par jeff1er

Inévitablement, les entreprises, subissant le choc de la crise —ou en tout cas en prenant le prétexte—, ajustent la dernière variable dans la maîtrise des coûts: le personnel.
Ces salariés privés d’emploi, bien souvent, ne retrouvent malheureusement que difficilement un job.
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Plusieurs éléments de réflexion de départ :
La France, et l’Europe en général, n’a pas su anticiper la mutation sociétale des emplois après la chute du mur.
En effet, les années 90 ont marqué la fin des frontières et la possibilité nouvelle des entreprises de chercher de nouveaux marchés.
Mais cette ouverture offrait également de nouvelles options d’approvisionnement.
De plus, le marché commun s’est transformé en union économique, brisant les limites imposées par les barrières douanières.
La première étape dans la stratégie fût d’adapter la supply chain aux marchés nouvellement conquis.
Ainsi, si l’on produisait dans une région, on construisait sa supply chain localement pour bénéficier de coûts réduits des fournisseurs locaux.
Ensuite, les entreprises ont tenté une rationalisation des fournisseurs: en imposant une limite haute dans les tarifs, les compagnies majeures ont imposé à l’ensemble du système un mécanisme de recherche éperdue de baisse des coûts reposant essentiellement sur la délocalisation des emplois faiblement qualifiés.
« Parallèlement, il n’existait dans le modèle libéral aucune gouvernance ».
Ainsi, l’emploi industriel faiblement qualifié a été largement délocalisé sans qu’aucune mesure d’adaptation ne soit prise.
En 2009, les 3/4 des emplois se retrouvent dans les services, et le personnel disponible n’est pas qualifié pour les occuper.
Enfin, pour faire face aux enjeux économiques de la mondialisation, le système banquier s’est recapitalisé massivement en faisant appel au marché.
Par conséquent, les banques, obéissant à une logique de rentabilité maximale à court terme, n’ont plus joué leur rôle dans la capitalisation des entreprises et se sont tournées vers des produits financiers plus juteux, mais aussi plus risqués, tels que crédits hypothécaires.
Premier effet : un transfert d’environ 25% des revenus du travail vers les revenus du capital, ceci entraînant la paupérisation des populations occidentales, engendrant à son tour une baisse équivalente de la consommation.
Ensuite, les entreprises, ne pouvant trouver crédit auprès des banques, se sont tournées à leur tour vers les marchés. La logique de ce nouvel actionnariat, toujours basé sur la rentabilité rapide, a poussé les entreprises à chercher à réduire leurs coûts au maximum, plutôt que de viser une croissance positive; ceci a encore amplifié le phénomène de délocalisation.
Or, dans une économie mondialisée, les entreprises n’ont jamais eu autant besoin de capitaux, car elles sont confrontés à une compétition qui n’est non seulement plus régulée, mais aussi qui n’a plus de frontière.
Partant de ce constat, quelles mesures réellement efficaces peuvent prendre les décideurs politiques ? quelques hypothèses:
Tout d’abord, rien ne peut se faire nationalement. La tentation protectionniste du président Sarkozy coulerait purement et simplement l’économie française.
En revanche, une action coordonnée au niveau du G20, en profitant des bonnes dispositions du président Obama, seraient nettement plus indiquée.
L’exemple du prêt d’une montant de 3 milliards du gouvernement français à l’industrie automobile est un exemple de contreproductivité; en n’exigeant aucune contrepartie sérieuse — les industriels se sont d’ailleurs empressés de contourner les promesses faites à Sarkozy—, le gouvernement a contribué à amplifier le phénomène de transfert de richesses; à cause du modèle « entonnoir » choisi, l’argent injecté par le haut n’atteindra jamais sa destination finale : les ménages.
D’autres gouvernements ont évité cet écueil en s’imposant aux conseils d’administration, pesant sur la gouvernance des banques et des entreprises. Mais pour cela, il faudrait oser briser un modèle, finalement, laissé aux mains, souvent avides, des actionnaires les plus importants.
De plus, l’interdépendance des membres des conseils d’administration, reposant sur le renvoi d’ascenseur, est prisonnier d’un cercle infernal qui ne pourra pas se briser de lui-même.
S’il ne devait y avoir eu une seule décision émergeant du G20, cela aurait donc été, non pas de faire la chasse aux paradis fiscaux — ce qui n’a somme toute qu’un effet très limité—, mais plutôt de légiférer sur le poids décisionnel des actionnaires issus du marché.
Ensuite, comme je l’ai déjà écrit, un gouvernement décidé prenant le contrôle de quelques banques recréerait un cercle vertueux de financement sain des entreprises et rééquilibrerait immanquablement l’équilibre des richesses.
Cela aurait aussi le mérite de replacer les industriels au centre de l’économie, qui serait par conséquent tirée en avant de nouveau.